Cas Emmanuel Faber : sommes-nous naïfs de croire en l’entreprise positive ?

Recruzilla
3 min readMar 2, 2021

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Ça y est, c’est acté. Poussé vers la sortie par des fonds activistes, Emmanuel Faber se retire de la Direction Générale de Danone. Les idéalistes ambitieux ont perdu une bataille contre les investisseurs court-termistes.

Mais a-t-on perdu la guerre ?

© PATRICK KOVARIK / AFP

Un engagement sociétal ambitieux remis en question

Danone, c’est une des premières multinationales à avoir annoncé son ambition d’obtenir la certification BCorp. De fait, trente-deux entités du groupe sont déjà labellisées, ce qui représente 50% de son chiffre d’affaires mondial. Une volonté incarnée par le PDG Emmanuel Faber, qui vantait déjà les mérites de cet engagement en 2018 :

“Avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 25 milliards d’euros et plus de 100.000 employés dans 120 pays, nos progrès vers une certification globale B Corp prouvent qu’il est possible de concilier profitabilité et durabilité, et ce, quelle que soit la taille de l’entreprise”.

Forcément, ce discours nous parle chez Recruzilla ! Car c’est bien là notre ambition pour le monde : que toutes les entreprises parviennent à allier rentabilité et responsabilité. Et que des multinationales de l’envergure de Danone s’y mettent, cela représente une sacrée avancée en termes d’impact !

Sauf que voilà. Clap de fin pour Emmanuel Faber et ses ambitions, rattrapés par les investisseurs. Ou du moins certains investisseurs : en l’occurrence Artisan Partners et BlueBell Capital Partners. Car d’activistes, ces fonds n’ont que le nom.

Ou alors, peut-être ne milite-t-on pas pour les mêmes causes ?

Un fonds activiste, c’est un fonds qui prend des participations — souvent minoritaires — dans une entreprise fragilisée, puis qui fait pression publiquement sur ses dirigeants pour imposer des changements de cap.

C’est justement ce qui s’est passé chez Danone : désigné responsable de la stratégie qui a mené au recul de la valeur boursière du groupe, Emmanuel Faber a été sommé de se mettre en retrait. Et de reléguer sa stratégie d’impact au second plan ?

La fin d’une utopie ?

Nous, on est des optimistes. On veut croire à l’entreprise comme un vecteur de résolution des problèmes de l’humanité et de la planète. Et on aime considérer la finance comme un outil qui permet à des projets ambitieux d’émerger.

Cela fait-il de nous de gentils idéalistes ? Pourtant, on a déjà interrogé pas mal de personnalités sur le sujet, et pas des moindres ! Et apparemment, nous ne sommes pas seuls dans notre utopie.

Dans l’épisode 9 de Visio(n), Bertrand Badré — qui a tout de même dirigé la Banque Mondiale — nous expliquait que la finance doit être considérée comme un outil pour transformer notre société vers des modèles économiques plus inclusifs, résilients et durables

Dans l’épisode 10, Elisabeth Laville nous racontait comment elle-même avait choisi UTOPIES comme nom pour son cabinet de conseil en stratégies d’impact, le premier à émerger en France il y a 28 ans ! Nous avions alors compris qu’être utopiste n’est aucunement un défaut : au contraire, c’est avoir l’ambition de se fixer un cap inaccessible, et de s’y tenir !

Aux origines de Visio(n), nous avions également reçu Nicolas Beretti, fondateur du cabinet Brainswatt et heureux créateur du concept de leadershit :

Crédits : Nicolas Beretti

Alors, est-ce cela ? Le monde se divise-t-il entre adeptes du leadershit et du leadership ?

Chez Recruzilla, on croyait que la logique profit-first faisait partie de “l’ancien monde”. Nous pensions — pour paraphraser Colin Mayer — que le rôle de l’entreprise était de trouver des solutions profitables aux problèmes de la planète et de ses habitants.

Pour l’ère post-Covid vers laquelle nous avançons, nous imaginions une innovation connectée à la résolution de ces défis urgents. Nous envisagions, peut-être naïvement, que dirigeants et financeurs rivaliseraient d’initiatives pour laisser leur trace dans l’Histoire.

Mais peut-être sommes-nous trop ambitieux après tout.

Cependant, nous ne baissons pas les bras. Car c’est cela, le propre des utopistes : c’est de persister là où on ne les attend pas.

L’aventure vous tente ?

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